vendredi, février 06, 2009

Astrologie, médecine et guérison

S'il y existe une analogie évidente entre musique et astrologie (on interprète un thème musical comme on interprète un thème astral), celle-ci est tout aussi présente avec la médecine. L'astrologue est médecin du caractère, sachant que le caractère, petite portion de nos êtres distincte de l’hérédité et de l’environnement de naissance, destiné à croître, pour le meilleur ou pour le pire, édifie une bonne part de la destinée.

Le natif qui interroge un astrologue n’est peut-être pas malade au sens physiologique du terme (1), mais comme tout un chacun, il souffre d’être prisonnier de mécanismes et de conditionnements routiniers, répétitifs, répressifs, et d’un ego entièrement tournés vers la peur, l’attachement, l’ambition et le désir. La douleur et les émotions qui l’oppriment se tiennent derrière la plupart de ses décisions et de ses actes. Il tente d’oublier ses tourments dans la quête du plaisir et des sensations, qu’il s’agisse de sensualité, de richesse, de drogues ou de pouvoir, réalisant parfois, dans ses moments les plus lucides, que la mort inéluctable, effrayante et mystérieuse, l’attend au bout du chemin.
L’astrologie, en l’aidant à se connaître, à se situer, à se comprendre, peut-elle contribuer à son éveil, à sa libération ? c’est-à-dire non pas le conforter dans les voies normalement admises par la société (argent, confort, sécurité, conformisme), mais au contraire le mettre en mesure de mener une vie créative, aventureuse, libre, qui ne se cantonne pas à fuir la peur de façon d’une façon ou d’une autre, subtile ou grossière ? N’est-ce pas là où se situe la guérison, si l’on considère que psychologiquement, émotivement et affectivement, la grande majorité d’entre nous sommes malades (violents, effrayés, envieux, déséquilibrés) et que c’est la raison majeure pour laquelle la terre elle-même est menacée ?

Que demande-t-on à son médecin ? de diagnostiquer avec exactitude le mal dont on souffre, et de le soigner, c'est-à-dire de proposer un traitement, efficace si possible. Il en est de même pour l'astrologie : un bon astrologue (à l'instar d'un bon médecin), effectue une lecture précise, profonde, limpide de la carte du ciel. Il cartographie non seulement le caractère, mais dévoile la façon dont ce caractère réagit aux différents stimulus rencontrés, entre autres provoqués par les transits des astres (ce qui lui permet non pas de prédire l’avenir, mais de le prévoir à l’intérieur de certaines limites).
Cependant, un astrologue qui ne soigne pas, est tout aussi incompétent qu'un médecin qui se contente de diagnostiquer la maladie sans proposer de remède ! Ici les deux pratiques divergent car l’astrologie, science et art, doit guérir par la compréhension : cela signifie qu’une interprétation astrologique bien menée a la capacité de «guérir» le natif par l’ordre et la clarté qu’elle impose.

L’interprétation et le traitement sont une seule et même chose. La lecture du thème est à la fois diagnostic et remède. L’interprétation délimite et ordonne la personnalité, qui est par définition chaotique, constituée de mémoires innombrables, entremêlées, agréables ou détestables, prisonnière du temps passé et futur (les souvenirs et les espoirs), agitée par les processus de pensées qui naissent et se nourrissent de ce réservoir confus d'expériences et de connaissances. L'ordre n'est pas un concept arbitraire, défini selon une théorie quelconque (politique, philosophique, psychologique ou religieuse) qui décide de ce qui devrait idéalement être : cela c’est plutôt la définition du désordre névrotique, quand les processus de pensées sont complètement soumis à la recherche de la sécurité.
L’ordre véritable est la perception globale, totale du désordre : au cours d'une interprétation intelligente, pointue, délicate, subtile, le natif se perçoit soudain tel qu'il est, intégralement, sans plus se cacher quoi que ce soit à lui-même, sans plus se juger ni se justifier. L’ordre s’impose alors, de lui-même.

Il revient à l'astrologue d’offrir au natif cette vision intérieure, cette contemplation intégrale de lui-même, et pour cela, au cours même de l’interprétation, de lui faire comprendre l’inutilité et la nocivité de tout jugement ainsi que de toute comparaison, spécialement par rapport à un idéal arbitraire ou à un conditionnement quel qu’il soit. Attentif aux paroles de l’astrologue, le natif doit se voir tel qu’il est, simplement, sans se juger, se comparer ou se justifier, comme s'il observait son meilleur ami, avec amour et compassion.

L’alphabet astrologique (les significations des astres, des signes, des maisons, des positions et des aspects), contient en lui-même ce qui est nécessaire à la guérison. Celle-ci passe par la compréhension (la vision) des mécanismes intérieurs décrit lors de l’interprétation, qu’il s’agisse de problèmes relatifs aux maisons, aux signes, aux interactions de tels ou tels astres qui déstabilisent ou obsèdent. Il appartient à l'astrologue d’exposer et d’expliquer l’ensemble de ces éléments au natif de façon simple et claire. Il ne s’agit pas de lois incompréhensibles tirées de grimoires poussiéreux, qu’on ne remet pas en cause à cause de l’autorité des anciens qui les ont écrites, mais de constructions logiques, évidentes, de mécaniques cohérentes, qu’on doit pouvoir appréhender avec clarté.

Mars par exemple, qui trop souvent, par sa violence et ses désirs incontrôlables sème la pagaille, la brutalité, la grossièreté, voire la barbarie dans notre relationnel, se soigne entre autres par la compréhension de son exaltation en Capricorne. Là, calmé par les valeurs de Saturne (la patience, la constance), le guerrier se fait serviteur. Plutôt que de détruire ou de s'imposer par la force et la violence, il utilise son énergie et son courage pour aider d'autres plus faibles, moins énergiques de nature. On doit ainsi, dans le cas d’une personnalité violente, d’un Mars dur, tendu, faire tendre celui-ci vers son exaltation : cela revient à l’étudier au microscope, à saisir pourquoi il emporte le natif dans un tourbillon de violence (dans ces cas là, non seulement celui-ci fait preuve de brutalité, de colère, de volonté exacerbée par le désir, mais son espace personnel est sans cesse confronté à des épreuves de ce type : la violence le cerne de toutes parts, s’introduit dans les moindres aspects de sa vie). A la lueur des signes, des maisons et des autres astres, Mars sera perçu sous tous ses aspects, spécialement là où il perturbe et développe son énergie négative, qui peut croître de multiples sources : un carré au Soleil ouvre la piste du père ; s’il s’agit de la Lune, spécialement pour une femme, il y a peut-être eu atteinte à l’intégrité physique pendant l’enfance ; si Saturne est en cause on lit de dures épreuves, des frustrations, des capacités d’actions bloquées …

L’avantage de l’astrologie sur les approches psychologiques plus récentes est que dans l’absolu, elle peut se passer de la parole (et même de la présence !) du natif. Celui-ci aide énormément s’il se raconte (de même qu’il est passionnant d’étudier le thème d’un personnage connu à la lueur de sa biographie), mais dans des cas difficiles (victimes d’agressions sexuelles par exemple), où il y a un blocage évident de la parole, l’astrologue a la capacité de débuter à partir du coeur même de la personnalité, plutôt que de la périphérie : il peut bâtir son diagnostic sans analyser des symptômes ou des bribes de discours pendant des mois ou des années, ou sans attendre que le natif se délivre enfin de ses mémoires douloureuses.

La guérison (qui n’est bien sûr jamais évidente, jamais certaine) passe ainsi par la compréhension que l'astrologue a du thème, et par l'art, la subtilité, la clarté qu'il met à l'exprimer au natif. C’est bien à ce niveau d'un art dont il s’agit (on dit aussi, l'art de la médecine), où l’empathie, la capacité de partager au même instant et avec la même intensité ce qui est perçu, joue un rôle majeur.

Il y aura toujours de bons, de médiocres et de mauvais médecins et cela vaut pour les astrologues. Si l'astrologue a su faire son travail, le natif qui le quitte se met en route, seul face à lui-même, comprenant mieux son unicité, sachant qu'il est le seul à pouvoir se guérir intégralement (il n’a pas besoin de trois séances par semaine qui lui coûteront une fortune). L'astrologue a stressé les aspects, les positions qui sont les obstacles à son accomplissement (les secrets enfouis de la maison XII, les frustrations Mars/Saturne, les complications affectives Vénus/Neptune, les peurs, les anxiétés Saturne/Lune, et les centaines d'autres possibilités) et le natif, ainsi armé, connaît mieux, beaucoup mieux, son cheminement particulier, sachant que personne ne fera le travail à sa place : s’il est unique, son chemin l’est aussi. L'astrologue a délivré son diagnostic. Ayant entre ses mains les instruments de la connaissance de soi, le natif est prêt pour le grand voyage, pour le but même de l'existence, la recherche de l'accomplissement, sachant que celui ci n’est ni la richesse, ni le pouvoir, ni la gloire (qui sont les racines du mal qui ronge notre planète), mais quelque chose de bien plus fabuleux et mystérieux qui passe avant tout par la compréhension de soi et par la paix du cœur.

(1) : Il existe une astrologie médicale à proprement parler, fondée sur le corps symboliquement figuré par le Zodiaque et les astres, leurs interactions, et les maisons VI et XII, mais celle-ci, qui apporte nombre de précieuses informations, nécessite encore de vastes de recherches.

CENTILOQUE


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pour une version entièrement retravaillée du CENTILOQUE, un ouvrage que j'ai publié en 1993 aux Editions Dervy: Centiloque

Extrait :

1- N°5 : caractère et destinée.

"L’astrologie dévoile les relations intimes qu’entretient le caractère avec la destinée. La destinée d’un individu est l’expression de son caractère."

Le mot caractère nous vient du grec kharaktêr, qui signifie un signe gravé.

Il signifie également ce qui est propre à une chose, son expression personnelle, son originalité. Par extension, le caractère définit l’ensemble des traits psychiques propres à un individu.

Le caractère se rapporte à la fois à l’expression originale d’un individu et à son thème astral, le signe gravé dans les cieux, qui nous représente et nous définit.

Le caractère est au départ cette infime portion de nos êtres, qui échappe au grand nivellement imposé par l’hérédité et par l’environnement de naissance (racial, familial, social et culturel). Il est ce qui nous rend unique. Au travers de ce petit germe de liberté, la nature développe en nous, patiemment, la sagesse, le pouvoir et l’amour.

Le terme de destinée est aussi riche en enseignements : il est à la racine du mot destination qui signifie le rôle, l’usage.

Le concept de destinée implique une fonction à remplir. Le caractère actualise la destinée, c’est-à-dire le rôle que nous avons à jouer dans cette existence, un rôle qui n’est pas imposé: on continue à confondre astrologie et fatalisme, on fait d’elle le chantre du c’était écrit, comme si sa fonction se bornait à décrire une destinée transformée en fatum, en une fatalité inéluctable à laquelle nul ne pourrait échapper. C’est tout à fait le contraire, puisque l’astrologie n’a de sens que si elle nous permet d’agir sur la destinée.