samedi, septembre 09, 2017

L’astrologie fonctionne-t-elle? Eléments de réponse


Comme chacun sait, il y a la forme et il y a le fond, une distinction fondamentale à faire dans le cadre des informations transmises par des vidéos « pédagogiques » : car lorsque celles-ci sont bien réalisées (la forme), agréablement construite, rythmée et structurée, les arguments employés (le fond) tendent à convaincre plus facilement qu’un texte explicatif, qu’il faut prendre le temps de lire et d’analyser. 

Produite par le journal Le Monde, une vidéo dénigrant l’astrologie prétend ainsi détruire en 5’39’’ quelques millénaires d’observations, de recherches et de pratiques menées par toutes les cultures de notre planète. Intitulée « L’astrologie fonctionne-t-elle ? », assaisonnée de pincées d’humour dont Emmanuel Macron fait les frais et mettant scène un journaliste/enseignant/comédien bien de sa personne (1), elle nous explique en termes didactiques pourquoi justement elle ne fonctionne pas.  

Après des prémisses sympathiques, où l’horoscopie industrielle, appelée astrologie populaire, est distinguée de l’astrologie savante, elle déploie des arguments biaisés, aptes à persuader un public non averti. Et en réaction sur les réseaux sociaux, confrontés à tant de savoir-faire, nombre d’adeptes de l’astrologie se contentent de commenter que celle-ci participe à un mode de pensée symbolique, mythologique, psychologique, analogique ou autre, mais n’appartient pas au même monde que la science implicitement considérée comme rationnelle, logique et indéboulonnable.

Une démonstration qui n’a rien de scientifique

La vidéo nous assène, par exemple, que les astrologues postulent que la position des astres a une « influence sur les gens » et qu’ils s’appuient sur « deux réalités physiques, la gravitation et le magnétisme ». Et d’abonder en ce sens avec les marées et les aiguilles des boussoles (?!), afin de mieux asséner le coup de bâton attendu depuis le début : « le problème, nous est-il dit doctement, est que « les astrologues utilisent ces réalités scientifiques de façon pas du tout scientifique ». L’astrologie, poursuit-on avec aplomb, n’utilise que la gravité des astres, or celle-ci est partout. Ainsi une Kangoo a plus d’influence gravitationnelle que Mars ou Vénus (!?). Pluton quant à lui est bien trop éloigné pour que l’on ressente son « magnétisme » !! 

Contentons-nous de remarquer que de nos jours, les chercheurs en astrologie ont quasiment abandonné le concept d’influences astrales, de même que la théorie gravitationnelle ou encore celle de « rayons » ou de « vibrations » planétaires, magnétiques ou non. L’astrologie, comme tous les champs de recherches, procède par hypothèses qu’elle examine, enrichit, suspend, intègre ou élimine avec le temps. La biologie a longtemps cru à la génération spontanée, avant que Pasteur n’y mette un terme et que la théorie cellulaire s’impose. En ce qui nous concerne, les modèles astrologiques actuels, riches et évolutifs, privilégient les phénomènes de synchronicité et l’étude de la conscience dans ses relations intimes, intérieures, avec le système solaire, la géométrie céleste et le concept de sens. 

Ensuite le journaliste s’en donne à coeur joie : analyse non-scientifique du ciel, interprétations arbitraires qui ne correspondent à aucune observations objectives … en gros, s’interroge-t-il incrédule et embarrassé, c’est n’importe quoi? Et de répondre oui, car des expériences, entre autres réalisées en double-aveugle, c’est-à-dire dans le cadre d’un protocole forcément imbattable par le sérieux qu’il évoque, le prouvent, elles, scientifiquement … 

Notons ici que les célèbres études des époux Gauquelin, parfaitement scientifiques elles aussi, ont prouvé le contraire. 

Pour terminer en beauté, il se paie le luxe d’expliquer le principe du « biais de confirmation », qu’il détourne en sa faveur en utilisant l’astrologie populaire, dont il a pourtant dit au début que même les astrologues ne la défendait pas. Selon les psychologues explique-t-il, de 3 déclarations que l’on nous fait : « Vous êtes très sympa, malheureusement vous mourrez seul et tout le monde vous oubliera », nous aurions tendance à ne retenir que la première.  

Sciemment ou non, il omet d’expliquer que la définition du biais de confirmation est de privilégier ce qui est en faveur de l’hypothèse de départ et de négliger ce qui lui est contraire, ce qu’il fait sans le moindre scrupule tout au long de sa démonstration. 

Astrologie et nouveau paradigme

Plutôt que de nous placer sur le même terrain, élargissons un peu le débat : l’astrologie contemporaine, moderne, ou plutôt « post-moderne »(2) est en accord avec ce que l’on appelle le nouveau paradigme, c’est à dire un modèle de pensée qui considère que l’univers n’est pas constitué d’objets séparés (la matière), qui inter-agissent entre eux de façon mécanique dans un continuum spatio-temporel stable, pendant que l’esprit humain observe et analyse le tout à partir d’une position écartée et privilégiée. Il décrit plutôt un immense, voire un infini réseau de vibrations et d’informations où tout, absolument tout, est en contact. Sous ce réseau (au-delà, dans un ailleurs), se trouverait selon certains physiciens (3), une trame primordiale qui « matérialiserait » le temps, l’espace, la matière, l’énergie et la causalité. 

Dans cet univers, la conscience n’est plus séparée arbitrairement de son environnement. Replacée au centre de nos préoccupations, elle offre une place de choix à la notion de sens : or l’astrologie est l’art d’accorder un sens à la géométrie céleste. 

Pour celles et ceux qui désirent sérieusement creuser le sujet, à lire l’essai de Dennis Frank (malheureusement uniquement disponible en anglais semble-t-il), intitulé « Astrology and the New paradigm », en libre accès sur le site de Patrice Guinard (le C.U.R.A). A partir des travaux du physicien Fritjof Capra, Dennis Frank explore différentes possibilités, cherchant  à comprendre pourquoi l’astrologie fonctionne, essayant par ailleurs de repenser la théorie astrologique globale comme cela a été fait plusieurs fois depuis 2500 ans (4).

Ainsi, le problème auquel nous nous heurtons est l’inertie de la conscience collective. Celle-ci, constituée de celles de milliards d’individus lourdement conditionnés par les traditions et l’éducation, est extrêmement difficile à bouger et les principes majeurs, scientifiques et astrologiques qui émergent du nouveau paradigme, sont très loin d’être intégrés. 

Le problème de la croyance

La croyance est l’ennemie mortelle de l’astrologie : celle-ci nécessite qu’on s’y intéresse sérieusement, qu’on la pratique, qu’on la questionne, qu’on l’expérimente, afin de réaliser son bien-fondé. Mais la croyance est l’ennemie de l’intelligence proprement dite, car elle censure les questions, ferme l’esprit à la contradiction et accule l’esprit dans des raisonnements figés dénués de liberté et de créativité. Philosophiquement la croyance s’associe à la violence comme on le constate dans le cadre des idéologies religieuses ou politiques. Captifs qu’ils sont d’anciens modèles de pensée et incapables de s’ouvrir à ce qui met en danger leur sécurité psychologique, les gens qui se targuent d’avoir l’esprit scientifique, ne sont pas forcément à l’abri. 


(1) Donald Walther, journaliste au pôle vidéo du Monde. 

(2)  J’emprunte le terme à l’article de Robert Hand à lire sur Astrodienst:  « Vers une astrologie post-moderne ». 

(3) Wolfgang Pauli (prix Nobel de physique) par exemple, qui collabora avec C.G.Jung, ou David Bohm, auteur de la théorie de l’ordre implicite, qui enregistra de nombreux entretiens avec Krishnamurti. « L’hypothèse (l’ordre implicite ) rejette la séparation entre la conscience et la matière : l'ordre implicite expliquerait la relation entre matière et conscience. Dans ce modèle, l'esprit et la matière sont perçus comme des projections dans notre ordre explicite de la réalité sous-jacente, l'ordre implicite ». David Bohm Wikipedia

(4) Plusieurs siècles avant J.C, les Mésopotamiens voyaient dans les astres des « présages », symboliques de possibles évènements. Plus tard, à l’époque de Ptolémée (IIe siècle après JC), s’est imposée, la théorie des « effets »  naissant des astres. Cela fait maintenant plusieurs décennies que nous explorons les mystères de la synchronicité et de la conscience

CENTILOQUE


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pour une version entièrement retravaillée du CENTILOQUE, un ouvrage que j'ai publié en 1993 aux Editions Dervy: Centiloque

Extrait :

1- N°5 : caractère et destinée.

"L’astrologie dévoile les relations intimes qu’entretient le caractère avec la destinée. La destinée d’un individu est l’expression de son caractère."

Le mot caractère nous vient du grec kharaktêr, qui signifie un signe gravé.

Il signifie également ce qui est propre à une chose, son expression personnelle, son originalité. Par extension, le caractère définit l’ensemble des traits psychiques propres à un individu.

Le caractère se rapporte à la fois à l’expression originale d’un individu et à son thème astral, le signe gravé dans les cieux, qui nous représente et nous définit.

Le caractère est au départ cette infime portion de nos êtres, qui échappe au grand nivellement imposé par l’hérédité et par l’environnement de naissance (racial, familial, social et culturel). Il est ce qui nous rend unique. Au travers de ce petit germe de liberté, la nature développe en nous, patiemment, la sagesse, le pouvoir et l’amour.

Le terme de destinée est aussi riche en enseignements : il est à la racine du mot destination qui signifie le rôle, l’usage.

Le concept de destinée implique une fonction à remplir. Le caractère actualise la destinée, c’est-à-dire le rôle que nous avons à jouer dans cette existence, un rôle qui n’est pas imposé: on continue à confondre astrologie et fatalisme, on fait d’elle le chantre du c’était écrit, comme si sa fonction se bornait à décrire une destinée transformée en fatum, en une fatalité inéluctable à laquelle nul ne pourrait échapper. C’est tout à fait le contraire, puisque l’astrologie n’a de sens que si elle nous permet d’agir sur la destinée.