vendredi, juillet 17, 2015

Vénus entre Jupiter et Saturne


Si beaucoup (je l’espère) ont admiré la récente conjonction de Jupiter et de Vénus, sans doute bien moins nombreux sont celles et ceux qui contemplent Saturne situé à leur carré, quasi-stationnaire à quelques degrés de la constellation du Scorpion. Plutôt discrète en ce moment (on la connaît bien plus brillante), la planète de la patience et de la détermination sous-tend puissamment les actuelles configuration célestes.

La complexité présente des aspects vénusiens a été évoquée dans Vénus et le roi du ciel. Revenons aujourd’hui sur sa situation problématique du 3 juillet au 15 août, période pendant laquelle elle se trouve être le point focal du carré Saturne/Jupiter (actif quant à lui jusqu’à la mi-septembre environ) : situation difficile uniquement si l’on ne saisit pas que Saturne est la clef de Jupiter. Ou pour le dire autrement, dans le cadre de notre comportement, « l’obéissance » à Saturne (celui qui purifie) ouvre le royaume de Jupiter (celui qui favorise).

Le carré Jupiter/Saturne

Nous savons que ces deux astres s’opposent à priori dans leurs principes respectifs : Jupiter ouvre, socialise, amplifie, élargit, offre des opportunités alors que Saturne cristallise, contracte, isole, rigidifie, bloque et frustre régulièrement. Mais ça n’est pas si simple, car quoique attaché à la philosophie, Jupiter pousse au gaspillage et aux futilités sociales, alors que pourtant lié à l’égoïsme et à nombre de difficultés, Saturne, le sage, favorise la réalisation intérieure.

Lorsqu’ils se heurtent au natal, nombre de perturbations voient le jour : « Si Saturne domine, les règlements, la sévérité, la discipline contraignante, les conditionnements, la sécurité et une morale artificielle brident Jupiter. Les voyages, les études et les préoccupations philosophiques ou métaphysiques se heurtent à des obstacles de temps, de moyens ou de manque d’opportunités. Si Jupiter domine, la mondanité, les ambitions sociales, matérielles ou même spirituelles détruisent la simplicité et la discipline. La facilité, l’attachement aux rituels, au décorum, à la forme plutôt qu’au fond prennent le dessus. » (1)

Ainsi (et cela même si aucun aspect ne relie ces deux astres dans nos thèmes), si l’on désire épanouir sa destinée, on doit trouver un équilibre entre une rigueur naturelle et obligatoire (Saturne), sans nier ni amoindrir l’inspiration et la confiance dans la vie (Jupiter), afin de vivre ses rêves et incidemment de mettre les circonstances de son côté.

Il importe pour cela de comprendre la dynamique qui associe les deux astres et qui permet, simultanément, l’émergence de leur nature idéale : intelligemment exprimé (patience, discipline naturelle, profondeur et simplicité), Saturne permet à Jupiter de se manifester positivement (expansion mentale, exploration des mondes du dehors et du dedans, opportunités, sérendipité).

La dynamique Jupiter/Saturne

Un aspect tendu est toujours un défi à relever : il s’agit en ce moment d’utiliser ce carré pour aboutir à la compréhension théorique mais aussi pratique de cette dynamique.

Saturne, sans doute par qu’il est le socle de la spiritualité, a la préséance : ce n’est pas un axiome ou une croyance, mais un fait établi par des générations entières d’astrologues. On peut l’adoucir ou gagner ses faveurs par la réflexion et la compréhension, c’est-à-dire lui obéir (2), mais on ne peut ni l’ignorer ni le contourner. Il est toujours un moment où il impose sa loi. L’idéal est de saisir sa fonction qui est d’établir les conditions nécessaires à l’épanouissement que représente Jupiter.

La renonciation (sincère, sans arrières-pensées), un acte purement saturnien, démontre bien ce mécanisme : lorsque certaines opportunités jupitériennes se heurtent soudainement à des circonstances adverses, renoncer lève souvent (pas toujours!), les blocages saturniens. Jupiter revient alors en force et offre ce qu’il a à offrir car les circonstances cessent de s’ériger en obstacles.

Dans un contexte « spirituel », la renonciation aux penchants mondains de Jupiter (gloriole, ostentation, goût du faste, du ritualisme, de la hiérarchie…), permet à celui-ci d’offrir le meilleur de lui-même, qui est l’exploration intérieure et la floraison de l’être. Saturne de son coté nécessite Jupiter : sans les rêves, l’inspiration et l’espace intérieur du roi du ciel, la discipline froide, conformiste, vide de sens, triste et conflictuelle menace. Jupiter figure le sens de la justice né de l’intuition du bien. Saturne représente la structure et l’intégrité nécessaire à son application (3). La simplicité saturnienne, qui est au mieux une renonciation sereine, mène aux royaumes de l’esprit symbolisés par Jupiter libéré de ses facettes superficielles.


Vénus

Dans ce cadre, on comprend l’enjeu représenté par Vénus conjointe à Jupiter et au carré de Saturne. Dans notre vécu quotidien, Vénus renvoie à la quête des sensations agréables, à la frivolité, à la sensualité, au charme, à la séduction, à la grâce, à l’amour, à l’art, à l’esthétique et ainsi de suite, sans oublier à une importante partie de l’estime de soi.

Vénus entretient des liens intimes avec les deux astres ce que démontre son exaltation en Poissons (chez Jupiter) et sa maîtrise sur la Balance, l’exaltation de Saturne. Ainsi une Vénus « parfaite » est régulée par Saturne (évacuant son trop plein de frivolité, de sentimentalité et parfois de perfidie), tout en étant anoblie par Jupiter (permettant à la joie d’aimer, voire à la grâce, de se manifester).

La configuration actuelle permet sans doute d’arriver à ce résultat. Jupiter et Vénus flamboient, ouvrant les cœurs et les esprits et Saturne au carré inspire la tempérance, gardant des excès dans la quête du plaisir. Mais attention, si ce scénario est souhaitable, il est loin d’être obligatoire, d’autant qu’un carré (tendu, séparateur, difficile) est de la partie. La tension entre Saturne et Vénus pointe obligatoirement vers un potentiel de restrictions, de déceptions et de souffrances du cœur, alors que les bénéfices de la conjonction Jupiter/Vénus, se perdent facilement dans l’amplification de la quête du plaisir menant à tous les débordements.

Cela nous amène au principe de la venia déjà évoqué dans ce blog. Comme je l’écrivais dans Vénus et le roi du Ciel : « Il est opportun de suivre les conseils de tempérance de Saturne afin de profiter au mieux de cette configuration (Jupiter/Vénus) qui offre bien plus que des gratifications sociales, sentimentales ou sensuelles : Jupiter et Vénus invitent aux enivrants voyages intérieurs, à la philosophie et à la spiritualité, à la découverte de la beauté et à l’exploration des secrets du cœur et de la venia. »

La venia, les dons gratuits des dieux, nécessite de séduire ceux-ci en faisant de sa vie une œuvre d’art. Il s’agit avant tout de cultiver la liberté (l’absence d’autorités intérieures telles que la crainte ou l’envie) et de vivre cette discipline naturelle, sans contrainte, que permet un Saturne bien assimilé. Celui-ci spiritualise alors Vénus, dans la contemplation profonde de la beauté. L’association des deux astres (même au carré) est d’ailleurs propice à la méditation et à la sérénité induites par la proximité de la nature. Saturne se révèle ainsi comme le socle qui permet à Jupiter (la compassion, l’ouverture spirituelle, les opportunités favorables, ….) de manifester Vénus (la grâce, la venia) dans toute sa splendeur.


(1) « L’astrologie et la mécanique de la pensée » à paraître dans les semaines qui viennent.

(2) Obéir à Saturne consiste à laisser les éléments les plus sérieux de nos consciences (réflexion, méditation, patience, connaissance de soi, approche du sens de la mort) s’épanouir en soi afin de développer petit à petit une approche spirituelle. Cela n’empêche en rien de créer, de s’amuser et de rire, c’est-à-dire de jouir pleinement de la vie.

(3) Dans le cadre social Saturne figure les structures (lois, règlements, institutions) qui permettent d’exercer la justice que Jupiter représente.

Piqûre de rappel pour le 30 juillet à 15h00 à Èze (06)

Initiation à la guerre intérieure au Harmonic-Festival


CENTILOQUE


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pour une version entièrement retravaillée du CENTILOQUE, un ouvrage que j'ai publié en 1993 aux Editions Dervy: Centiloque

Extrait :

1- N°5 : caractère et destinée.

"L’astrologie dévoile les relations intimes qu’entretient le caractère avec la destinée. La destinée d’un individu est l’expression de son caractère."

Le mot caractère nous vient du grec kharaktêr, qui signifie un signe gravé.

Il signifie également ce qui est propre à une chose, son expression personnelle, son originalité. Par extension, le caractère définit l’ensemble des traits psychiques propres à un individu.

Le caractère se rapporte à la fois à l’expression originale d’un individu et à son thème astral, le signe gravé dans les cieux, qui nous représente et nous définit.

Le caractère est au départ cette infime portion de nos êtres, qui échappe au grand nivellement imposé par l’hérédité et par l’environnement de naissance (racial, familial, social et culturel). Il est ce qui nous rend unique. Au travers de ce petit germe de liberté, la nature développe en nous, patiemment, la sagesse, le pouvoir et l’amour.

Le terme de destinée est aussi riche en enseignements : il est à la racine du mot destination qui signifie le rôle, l’usage.

Le concept de destinée implique une fonction à remplir. Le caractère actualise la destinée, c’est-à-dire le rôle que nous avons à jouer dans cette existence, un rôle qui n’est pas imposé: on continue à confondre astrologie et fatalisme, on fait d’elle le chantre du c’était écrit, comme si sa fonction se bornait à décrire une destinée transformée en fatum, en une fatalité inéluctable à laquelle nul ne pourrait échapper. C’est tout à fait le contraire, puisque l’astrologie n’a de sens que si elle nous permet d’agir sur la destinée.