samedi, avril 08, 2017

L’astrologue, philosophe et artiste


Le chaos est notre lot quotidien. Les actualités récentes (attaques chimiques, bombardements, attentats terroristes, dérèglement climatique, crise des migrants, la liste est presque inexhaustible), illustrent ce fait. Chacun, individus lambda, artistes, politiciens, personnalités et spécialistes divers, y va de ses opinions et prises de position, rarement libérées de ses conditionnements ou de ses intérêts personnels. Pour que cela cesse, pas d’autre choix que de réaliser que cette situation, qui empire chaque jour, tire ses origines de notre guerre intérieure.

Pour citer Krishnamurti : « La guerre est la projection spectaculaire et sanglante de notre vie quotidienne. C’est un précipité de nos vies de tous les jours. Et sans une transformation de nous-mêmes il y aura forcément toujours des antagonismes nationaux et raciaux, de puériles querelles idéologiques, une multiplication de soldats, les saluts aux drapeaux et les brutalités sans nombre qui concourent à créer le meurtre organisé. » (1) 

En d’autres termes, seule une certaine « sagesse », conquise intérieurement par des individus conscients de leurs responsabilités, transformera le monde. Et l’astrologie, qui offre une compréhension subtile des mécanismes humains, se doit d’être en première ligne. 

L’astrologue et le philosophe

Etymologiquement la philosophie se définit comme l’amour de la sagesse, mais il n’est pas certain que la majorité des philosophes auto-proclamés ait jamais approché celle-ci. La philosophie est maintenant devenue affaire d’intellectuels universitaires et la sagesse un idéal abstrait, bien éloigné de nos préoccupations quotidiennes. Pourtant, l’authentique philosophe n’a guère besoin de diplôme pour manifester cette intelligence dense, subtile et pénétrante, indissociable de la perfection d’un esprit allégé, réalisé et serein, c’est-à-dire baignant dans la paix du coeur, qu’on appelle sagesse. 

Signe des temps, le statut de l’astrologue est en bien pire état, puisque n’importe qui, sans même avoir ouvert le moindre traité, peut se déclarer astrologue sans que personne y trouve à redire, la conscience collective associant son activité au mieux à une aberration fantaisiste, et au pire à du charlatanisme pur et simple. Mais nous, qui avons une idée de ce qu’est l’astrologie dite « savante », voguant à des années-lumière des croyances et des superstitions, demandons-nous s’il est possible d’être astrologue sans être philosophe (2) ? 

Il y a bien des millénaires, l’astrologie naquit de la vision émerveillée du cosmos, « le monde ordonné », qu’opposèrent les anciens au chaos des affaires terrestres (3). Nombre d’entre eux réalisèrent sans doute, que ce chaos trouve son expression principale au coeur de nos moi étouffés par la jungle luxuriante de milliers de pensées incontrôlables, trop souvent tourmentées par la crainte et l’avidité et que c’est de cette façon, que le désordre se répand à travers le monde. 

Pour cette raison l’astrologue, dans ses études, sa pratique et ses recherches, est principalement en quête d’ordre : celui-ci étant, si l’on comprend bien son sens et sa portée, étranger à la volonté et aux ambitions du moi, libéré des conditionnements et des intérêts personnels, puisque directement conséquent de l’accalmie mentale et ainsi inséparable de la sagesse. 

Ainsi, la quête astrologique est une clef majeure à l’ordre des esprits et des coeurs, c’est-à-dire à la compréhension des racines du chaos qui règne sur le monde. En ce sens l’astrologue n’a pas le choix, sinon d’être philosophe, au sens vrai du terme bien entendu.


L’artiste

Dans l'article « Quelques jours d'intelligence », il était question d’un bouillonnement des idées, des intuitions et des inspirations provoqué par la conjonction Mercure/Uranus (4). Beaucoup l’ont ressenti semble-t-il, alors que d’autres très peu voire pas du tout, ces différences illustrant précisément la nature de l’astrologue qui porte non seulement la toge du philosophe, mais également la défroque de l’artiste. 

Une approche simplifiée du mouvement lunaire nous aidera à comprendre comment cela fonctionne : « L’humeur », mentale et émotive, est liée au déplacement rapide et permanent de la Lune et à ses inter-actions dans le cadre de la géométrie céleste (les aspects), ce mécanisme concernant à la fois la collectivité et les individus, ces derniers par le biais de leurs thèmes personnels. 

La Lune actualise des perceptions, des sensations, des énergies latentes avec lesquelles elle entre en contact par le biais des autres astres. Ce phénomène est principalement ressenti lorsqu’elle est pleine, c’est-à-dire en opposition au Soleil, cela allant, selon les caractéristiques individuelles, d’une agitation mentale et physique accrue à des troubles du sommeil, en passant par le ressenti d’une atmosphère collective troublée, tourmentée, excitée, exaltée ou inspirée selon les cas. 

Individuellement ces phénomènes sont constants, quoique presque toujours inconscients : ainsi l’énergie, l’impulsivité, le sens de l’action, le courage ou encore le désir et l’irritation sont amplifiés lors du transit de la lune sur notre Mars. S’il s’agit de Vénus, la séduction, la tendresse, la sensualité, la quête du plaisir, l’émotion esthétique et ainsi de suite prennent le dessus. 

Ces transits lunaires sont les plus faciles à ressentir et l’on arrive à les conscientiser avec un peu de vigilance. 

Par contre, nombre de mouvements subtils, individuels et collectifs importants nous échappent, à cause des activités quotidiennes plus ou moins lourdes à porter, de la fatigue, du mode de vie, d’un mauvais sommeil et autres soucis favorisant l’inattention et le manque de sensibilité. Pour ces raisons nous passons souvent, malheureusement, à coté de « l’actualité » astrale (5), ce qui signifie manquer des portails soudainement entrebâillés sur des compréhensions illuminatrices, sur de riches opportunités d’explorer les strates profondes de la conscience, sur certains secrets de la vie passant soudainement à portée de la main. 

Ainsi la partie artistique de l’astrologie nécessite, comme tous les arts, certaines dispositions, dont une sensibilité spéciale à la géométrie céleste. Il revient à l’astrologue, apprenti, pratiquant, adepte confirmé ou chercheur, de cultiver en lui-même ce talent spécifique. Et si certains naissent doté d’une sensivité particulière, on n’oublie pas que le « don » éventuel ne représente jamais que 20% des capacités, sans compter qu’il peut être perdu. Les 80% qui restent s’acquièrent, se cultivent et s’entretiennent, par le biais du corps (hygiène de vie, yoga ou autres disciplines intelligentes), de l’esprit (culture de l’intelligence, quête de la liberté) et du coeur (équilibre, sensibilité, compassion et sérénité). A chacun donc de chercher la floraison de son thème astral en ce sens.  

« Le thème astral de l’astrologue nécessite probablement une alliance spéciale entre Mercure et Uranus. Pas toujours un aspect les associant, quoique ce soit souhaitable, mais une connexion entre les deux principes, une complicité entre l’intuition et l’expression, entre la fulgurance des idées et la faculté de les clarifier, de les ordonner et de les communiquer. (….).  

La sensibilité artistique ne saurait être absente, elle qui se libère dans l’art même de l’interprétation, quand il faut sentir la vigueur des astres et des aspects, alors que s’édifie à partir de la carte du ciel une cathédrale lumineuse, esthétique, sculptée de sens, ou chaque pièce parfaitement à sa place renvoie à des subtilités infinies. En ce sens une interprétation est une création auquel le Soleil et Vénus participent, soutenus par la rigueur de Saturne, le savoir de Jupiter, le tranchant de Mars et le réalisme de Pluton. 

Mais tout cela sera insuffisant si l’astrologue ne possède pas une sensibilité accrue à la ronde des astres, c’est-à-dire si son psychisme n’est pas particulièrement accordé, de façon subtile et intense à la géométrie céleste. 

L’art astrologique en dépend : ne demande-t-on pas au musicien d’avoir l’oreille absolue ou au peintre une perception des tons et des couleurs démultipliée ? Cette sensibilité s’inscrit aussi dans son thème, le plus souvent dans le cadre de la Lune, de Jupiter et de Neptune. » (6)


(1)  J. Krishnamurti De l’éducation L’éducation et la paix, chapitre 4 (p. 75-77)

(2) Je n’introduis pas à dessein le terme d'astrosophie, trop connoté de différentes façons, par les anthroposophes entre autres. 

(3) Ce qui nous ramène à la notion d’ordre abordée dans un récent article : « Pleine Lune en Vierge et mise en ordre ».

(4) Qui rappelons-le sera à nouveau effective du 19 avril au 20 mai.

(5) Une partie des articles de ce blog attirent l’attention du lecteur sur certains de ces transits : voir récemment  Quelques jours d’intelligence ,  Le temps de Neptune et de Ketu , ou encore Vénus, de Ketu à Neptune)

(6) L’astrologie et la mécanique de la pensée (Chap. 12 L’astrologue)


CENTILOQUE


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pour une version entièrement retravaillée du CENTILOQUE, un ouvrage que j'ai publié en 1993 aux Editions Dervy: Centiloque

Extrait :

1- N°5 : caractère et destinée.

"L’astrologie dévoile les relations intimes qu’entretient le caractère avec la destinée. La destinée d’un individu est l’expression de son caractère."

Le mot caractère nous vient du grec kharaktêr, qui signifie un signe gravé.

Il signifie également ce qui est propre à une chose, son expression personnelle, son originalité. Par extension, le caractère définit l’ensemble des traits psychiques propres à un individu.

Le caractère se rapporte à la fois à l’expression originale d’un individu et à son thème astral, le signe gravé dans les cieux, qui nous représente et nous définit.

Le caractère est au départ cette infime portion de nos êtres, qui échappe au grand nivellement imposé par l’hérédité et par l’environnement de naissance (racial, familial, social et culturel). Il est ce qui nous rend unique. Au travers de ce petit germe de liberté, la nature développe en nous, patiemment, la sagesse, le pouvoir et l’amour.

Le terme de destinée est aussi riche en enseignements : il est à la racine du mot destination qui signifie le rôle, l’usage.

Le concept de destinée implique une fonction à remplir. Le caractère actualise la destinée, c’est-à-dire le rôle que nous avons à jouer dans cette existence, un rôle qui n’est pas imposé: on continue à confondre astrologie et fatalisme, on fait d’elle le chantre du c’était écrit, comme si sa fonction se bornait à décrire une destinée transformée en fatum, en une fatalité inéluctable à laquelle nul ne pourrait échapper. C’est tout à fait le contraire, puisque l’astrologie n’a de sens que si elle nous permet d’agir sur la destinée.