lundi, novembre 03, 2014

Le syndrome de Cassandre et l'astrologie


L’une de mes amies vient de voir son mari la quitter pour une fille de la moitié de son âge. Lors de son mariage, elle avait rompu avec son habitude de me communiquer les coordonnées natales de ses prétendants. Elle fit exception pour celui-là, à la fois certaine de son choix mais aussi, malgré tout, effrayée d’un possible jugement négatif des étoiles. Le jour de la cérémonie, la Lune toujours importante en ce domaine et maîtresse de son ascendant s’opposait à son Saturne, gouverneur de la VII, la maison du couple, un signe difficile s’il en est. Je n’avais évidemment rien dit. Je me souvenais lui avoir raconté l’histoire d’une autre amie qui commença par me faire confiance. Elle me fit monter le thème d’un garçon dont elle se disait éperdument amoureuse. Malheureusement la synastrie (la comparaison des thèmes) s’avéra négative ce qui ne l’empêcha nullement d’aller au bout de son projet. Un mois après les épousailles elle découvrit que le prince charmant avait une maîtresse. Ce fut la descente aux enfers avec divorce, dépression et Prozac, puis de longues années pour remonter la pente, sans compter les illusions perdues. Souvent appelés à jouer les Cassandre, les astrologues ont de tels exemples plein leur besace.

Il semble acquis qu’on ne renonce pas à d’aussi importants projets de vie parce qu’un astrologue annonce que rien de bon n’en sortira. Même si l’on n’est pas entièrement novice en astrologie savante, parce que l’on a eu maintes fois l’occasion d’éprouver les vertus de l’art céleste. En clair, sans être naïves ou superstitieuses, ces femmes savaient que ça fonctionnait, mais en ces questions, l’illusion, la volonté de croire en l’accomplissement de ses souhaits et la passion font obstacle à la raison et la réflexion.

Ce n’est pas que l’astrologie soit entièrement déterministe et qu’il faille absolument se soumettre à ses dictats. Non seulement le libre arbitre en soi est un concept complexe qui a opposé et oppose encore les différentes écoles de croyances, de psychologie et de philosophie, mais l’astrologue est évidemment faillible. D’un autre coté, s’il connaît son métier, certaines configurations incontournables lui permettent non pas de prédire l’avenir, mais de prévoir avec d’énormes chances de réussite les conséquences positives ou négatives de certains choix.

Lorsqu’il prévient d’une catastrophe possible à même de transformer la vie privée en enfer, il n’a fait que déceler le désordre des instincts, des désirs, des émotions, des motivations profondes et des mobiles secrets, qui fait que les lois naturelles qui régissent les rencontres et les ressorts fondamentaux du relationnel ne sont pas respectées. L’union envisagée conclut-il alors ne fonctionnera pas, ou mal, car quelque part l’harmonie est absente ou rompue, l’ordre transgressé ou perdu, et ces failles, ces défauts, lisibles dans les ciels des différents thèmes étudiés (1) finissent par éclater en fragments blessants et douloureux. Correctement employée l’astrologie dissipe l’illusion avec justesse et précision, et lorsque le nuage initial fait d’attraction instinctive, de romantisme, d’affinités intellectuelles et de magnétisme sexuel brouille totalement nos radars, elle se révèle d’une redoutable efficacité.

L’expérience prouve par exemple que les rencontres sentimentales vécues sous des transits de Vénus et Saturne en affliction mutuelle, se terminent presque immanquablement dans la déception et le chagrin; s’il s’agit de Mars et de Saturne, le conflit, la frustration et au pire la violence risquent de faire leur apparition; si Pluton assombrit Vénus, la jalousie, la manipulation et la vénalité sont souvent au rendez-vous; Neptune, jamais étranger aux dissimulations et aux trahisons, fait confondre sentimentalité et amour; Uranus apporte de brusques bouleversements et ainsi de suite.

L’astrologie peut effectivement prévenir les mauvais choix, mais cela se passe rarement ainsi : l’astrologue est consulté pour confirmer ce que nos instincts et notre envie de croire hurle à nos oreilles, plutôt que pour prendre de la distance grâce à un point de vue fondé sur un système qui a fait ses preuves. Si la confirmation ne vient pas, que le praticien se montre circonspect, voire opposé au projet, la confiance qu’on lui octroyait s’écroule, un autre avis est recherché, ou l’on n’en fait qu’à sa tête. L’astrologie fonctionne sans doute se dit-on, mais ça n’est pas une science exacte, ni même une science d’ailleurs et il serait stupide en ce début de IIIe millénaire de prendre ces superstitions au sérieux.

Il n’est certes pas facile de se servir de cet outil dans une civilisation matérialiste profondément marquée par un cartésianisme qui nous rend schizophrènes : quoique entourés de mystères et confrontés à de multiples synchronicités, quoiqu’il suffise d’ouvrir les yeux pour voir l’inexplicable frapper à nos portes, les croyances gravées par l’éducation tendancieuse, la désinformation et une pensée conditionnée par un univers mécaniste pourtant obsolète, nous empêchent de percevoir l’univers tel qu’il est : mystérieux, magique, insondable.

On ne peut évidement pas s’attendre à ce qu’une personne amoureuse change d’avis après avoir écouté des explications même très argumentées et sophistiquées. L’amour rend aveugle et l’astrologie a beau offrir lumière (2) elle ne rend pas la vue pour autant. Cela n’empêche, quand ces mêmes personnes reviennent vers vous meurtries, alourdies de regrets, on se pose forcément des questions : à quoi sert-on, si l’on n’est pas écouté dès que les enjeux deviennent importants? beaucoup écoutent attentivement les portraits psychologiques dressés à partir de leur thème, tout surpris de se reconnaître, mais lorsqu’il s’agit d’aller plus loin, de faire de l’astrologie une véritable conseillère de vie, les désirs personnels et la volonté troublée par les pressions extérieures font qu’ils cessent d’accorder leur confiance. Et l’astrologue ne peut que constater son impuissance à empêcher la souffrance.

Les partisans de la psychologie positive avanceront que par le biais des séparations, des déchirements et des larmes nous apprenons et grandissons psychologiquement et spirituellement, ce qui est une façon pratique de se consoler. Certains croient même que tous les évènements sont en définitive favorables, que l’univers conspire pour nous faire croître vers le bien et le vrai. La question dépasse le cadre de ce billet, mais contentons-nous de remarquer que si certains grandissent effectivement dans les épreuves, la majorité en ressort assombrie, desséchée, fermée et durcie. La quête de la lumière est inséparable du combat contre la souffrance qui avec la peur sont les ennemies à vaincre. L’astrologie se tient en première ligne de cette bataille mais son rôle qui consiste à faire descendre l’harmonie et la clarté dans le chaos des existences, est empêché par les contradictions dont souffrent même ses plus chauds partisans : l’incertitude reprend le dessus quand elle conseille d’emprunter des voies qui ne nous plaisent pas.

Certes l’être humain doit exercer sa liberté et tant pis si elle consiste à se tromper et à souffrir. L’obéissance aveugle à une croyance, la coercition ou la discipline conflictuelle sont de dangereuses aberrations. Il semble en même temps absurde de posséder un instrument extraordinaire pour ne pas s’en servir ou refuser d’accepter ses conclusions. Il s’agit donc de creuser encore : la clef est dans la compréhension qu’en de nombreuses circonstances nous sommes responsables des tours et détours de nos destinées. Que le livre du ciel est un véritable guide de sagesse mais que celle-ci n’est pas notre fort. Que nous sommes contradictoires en tout, rêvant d’harmonie et de bonheur et faisant notre possible pour que cela n’arrive pas.

Pour revenir au point de départ on ne peut pas se contenter d'annoncer à une personne que, parce que Saturne transite au carré de sa Vénus à ce moment précis où elle tombe amoureuse, son histoire à peine éclose est vouée à la déception. L’on doit trouver le moyen d’aller plus loin, de dévoiler avant que les jeux ne soient faits les significations profondes, personnelles de ce type de rouages et d'engrenages célestes, et d’illuminer ainsi leurs conséquences probables d’une lumière si forte que l’intelligence l’emportera sur l'aveuglement et la passion, ou sur la peur et la recherche de la sécurité. En ce sens l'art de l'interprétation a encore de gros progrès à faire.

                                                                                                                                                          

(1) Ceux des protagonistes et leur synastrie, le thème de la rencontre, celui du début de la relation et éventuellement celui du mariage ou du commencement de la vie en commun.

(2) La Jyotish, l’astrologie Hindoue, signifie lumière divine.

CENTILOQUE


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pour une version entièrement retravaillée du CENTILOQUE, un ouvrage que j'ai publié en 1993 aux Editions Dervy: Centiloque

Extrait :

1- N°5 : caractère et destinée.

"L’astrologie dévoile les relations intimes qu’entretient le caractère avec la destinée. La destinée d’un individu est l’expression de son caractère."

Le mot caractère nous vient du grec kharaktêr, qui signifie un signe gravé.

Il signifie également ce qui est propre à une chose, son expression personnelle, son originalité. Par extension, le caractère définit l’ensemble des traits psychiques propres à un individu.

Le caractère se rapporte à la fois à l’expression originale d’un individu et à son thème astral, le signe gravé dans les cieux, qui nous représente et nous définit.

Le caractère est au départ cette infime portion de nos êtres, qui échappe au grand nivellement imposé par l’hérédité et par l’environnement de naissance (racial, familial, social et culturel). Il est ce qui nous rend unique. Au travers de ce petit germe de liberté, la nature développe en nous, patiemment, la sagesse, le pouvoir et l’amour.

Le terme de destinée est aussi riche en enseignements : il est à la racine du mot destination qui signifie le rôle, l’usage.

Le concept de destinée implique une fonction à remplir. Le caractère actualise la destinée, c’est-à-dire le rôle que nous avons à jouer dans cette existence, un rôle qui n’est pas imposé: on continue à confondre astrologie et fatalisme, on fait d’elle le chantre du c’était écrit, comme si sa fonction se bornait à décrire une destinée transformée en fatum, en une fatalité inéluctable à laquelle nul ne pourrait échapper. C’est tout à fait le contraire, puisque l’astrologie n’a de sens que si elle nous permet d’agir sur la destinée.