lundi, juin 09, 2014

Vénus, Saturne et l’attachement


Active du 8 au 19 juin, l’opposition de Vénus à Saturne n’est pas à sous-estimer. Vénus, l’astre du charme et de la séduction, de l’esthétique et des activités artistiques, figure de proue de la sensualité et de l’amour joue un rôle particulièrement important dans nos existences. La « petite fortune », célébrée pour sa beauté céleste et pourvoyeuse de sensations agréables nous mène parfois la vie dure en se refusant à nous, tourmentant alors nos esprits et alimentant la peur, la tristesse, l’indifférence et au pire la méchanceté. Un tel face à face avec Saturne, lié au temps, aux contraintes et aux obstacles offre ainsi l’opportunité de comprendre certains mécanismes qui agissent tangiblement et souvent négativement sur nos destinées.

Vénus figure la grâce et lorsque celle-ci nous est refusée, nous tombons facilement dans le vice et la haine de soi. C’est la signification de cet épisode mythologique rapporté dans  Les noeuds lunaires et le nectar d’immortalité, qui voit Lakshmi (Vénus) sourire aux dieux mais ignorer les démons :  meurtris dans leur âme ces derniers se tournent alors vers Varuni, déesse des liqueurs enivrantes. Lakshmi ne se détourne pas d’eux par pure malignité, mais parce que la nature « démoniaque » ne s’intéresse qu’aux jouissances matérielles, alors que les dieux sont en quête d’états de conscience plus raréfiés.

Il n’est qu’à observer la destinée d’Adolph Hitler, Taureau ascendant Balance (les signes de Vénus), artiste raté et frustré, dont la Vénus en domicile mais au carré de Saturne (entre autres dissonances) lui dénia l’épanouissement affectif, aboutissant au monstre que l’on sait. Nombreux sont les individus dont le coeur s’obscurcit faute d’une Vénus suffisamment comprise. Car c’est bien comme toujours de compréhension qu’il s’agit, ainsi que le démontra Charlie Chaplin, dont la Vénus connaît les mêmes conditions difficiles que celle de Hitler et qui sut pourtant, à bien des égards, en extraire la quintessence. On ne peut accuser la fatalité : toute Vénus, favorable ou non au natal, doit s’appliquer à séduire les dieux, comme on l’a expliqué dans Vénus et la venia.

Vénus en Taureau, maître chez elle, associée à la sensualité, au luxe et à la facilité de l’argent, s’oppose à Saturne en Scorpion, associé à la force mentale, à la discipline, à la crainte ou à la conquête de la mort selon les cas. Une telle opposition indique toujours des tendances au refroidissement, de possibles séparations ou déceptions, la peur d’aimer, le repli sur soi, la malchance amoureuse. La tristesse, la mélancolie peuvent s’installer. La joie de vivre s’absenter. La prospérité fuir. Le relationnel sentimental se stresse facilement car l’on a envie d’être seul, de se retrouver, ce qui n’a pas toujours l’heur de plaire à sa compagne ou à son compagnon. Des sensations d’étouffement se font jour pour certains mais pour d’autres l’attachement et la dépendance affective se renforcent et sont confondus avec l’amour.

Il est conseillé aux célibataires de ne pas entamer une nouvelle relation, laquelle serait dans 99% des cas vouée à l’échec et à la souffrance (l’astrologie contemporaine déteste ce type d’axiome, mais l’expérience prévaut). Quelle que soit sa situation profiter de la nature et surtout se recueillir au plus profond de soi, là où le coeur se libère de la pensée. Saturne purifie et cette même opposition permet, dans les meilleurs des cas de se libérer de la sentimentalité et des attachements.

Ainsi, si l’on sait s’y prendre, cette opposition Vénus/Saturne (et cela vaut pour toutes les tensions célestes ou natales entre ces deux astres) est loin d’être défavorable, car elle révèle les liens subtils et puissants qui se tissent entre l’amour et la sagesse. Elle éclaire la spiritualité saturnienne qui se manifeste par le biais de la tempérance, de la méditation, de l’immersion dans la nature, c’est à-dire dans le cosmos qui signifie « monde ordonné ». Elle permet à la solitude qui est le contraire de l’isolement de se manifester. Elle bâtit un pont vers la Vénus primordiale, Eros, qui personnifie la force d’attraction et de reproduction de l’univers. Elle favorise l’ouverture du coeur, c’est-à-dire l’amour pur, lumineux et inaltérable comme le diamant.

Si l’on sait s’y prendre!! car la leçon Vénus/Saturne est complexe et subtile. Elle se résume à libérer le plaisir et l’amour des craintes, des anxiétés et des attachements.

Revenons à cette configuration du mois de mai qui vit Vénus rejoindre un temps la Croix Cardinale : flamboyante, intense et exaltante pour nombre d’entre nous, elle fut aussi dérangeante, tentatrice, apte à transgresser les règles et la morale car vouée à l’insatiable quête du plaisir. Jouissances et passions s’accompagnèrent des inévitables tourments de l’esprit et du cœur. Dans ces cas d’inflammations, Vénus alimente la souffrance de l’attachement et la pénibilité des préoccupations obsessionnelles, quand les plaisirs se transforment en épreuve, en malaise, en peur ou en déception. Le temps de Saturne, celui de la sérénité, semble alors propice en comparaison.

Notre société à déifié Vénus (le plaisir), oubliant combien sa poursuite effrénée corrompt l’esprit, le corps et le cœur (c’est bien sa poursuite qui est négative, non le plaisir en soi). Examinons le plaisir sexuel si central à nos existences : pourquoi la chasteté est-elle si prisée par de nombreuses traditions religieuses? cela n’a strictement rien à voir avec la morale. Le but de toute spiritualité est la paix de l’esprit, or il est ardu d’expérimenter les joies de la chair, les plus addictives qui soient, sans s’y attacher. Et l’attachement est la nourriture même de l’ego, de l’anxiété et de la crainte de la mort. Cela n’empêche pas que le voeu de chasteté se soit avéré encore plus nocif pour la paix de l’esprit que le sexe lui-même, le désir n’en étant que renforcé par un moi qui ne pense plus qu’à ça! C’est la une des incompréhensions notoires de la problématique de Saturne (la contrainte) versus Vénus (la sensualité), car la discipline ne doit en aucun cas être conflictuelle.

La solution positive que propose Saturne, à explorer dans le cadre de cette opposition, est de creuser dans la nature profonde de Vénus et dans son relationnel au mental afin de découvrir comment se libérer de l’attachement. L’attachement est la malédiction de Vénus : il est si difficile de jouir et d’aimer sans que la pensée ne s’en mêle. Sans que le moi ne veuille garder, conserver, recommencer encore et encore. Sans qu’il ne bâtisse sa sécurité psychologique autour de l’expérience vécue. Le moi qui craint le vide, la mort et l’anéantissement s’attache à l’expérience de la sensation agréable. Il la range dans la mémoire, se définit par rapport à elle. Il en cultive l’estime de soi, un attribut fort vénusien. L’anxiété naît de la crainte de ne pas revivre ce qui apporta tant de plaisir et le moi s’épaissit, se tend, se tourmente. Et quand cela ne fonctionne pas, quand Vénus se soustrait au désir, la déception, la tristesse et la frustration font leur apparition.

La leçon de Saturne passe par la renonciation, non pas au plaisir en soi, incontournable, essentiel à la vie comme le jeu et comme l’amour, mais à la recherche du plaisir et de la sécurité qu’on pense en retirer. Et cette renonciation doit être le fruit de l’intelligence, c’est-à-dire de la compréhension et jamais celui de la contrainte, de l’obéissance à des règles, des lois ou des principes édictés par des livres, des traditions ou des spécialistes.

Saturne ne se résout que dans la compréhension du temps psychologique. Il représente notre plus grand défi. Vivre au présent. Jouir de la beauté, aimer, faire l’amour, mais sans que la pensée, qui est la créatrice du passé et du futur ne s’approprie aussitôt l’expérience, ne la remâche, n’anticipe la prochaine fois, ne la range dans la mémoire, ne s’y attache, ne s’y cramponne et ne la transforme en une sécurité illusoire de plus. Cela permet d’échapper aux significations négatives des dissonances Vénus/Saturne, c’est-à-dire à la tristesse qui lie le sentiment au passé et à l’anxiété qui l’associe au futur. C’est comprendre leurs significations positives inscrites dans le fait que Saturne (la sagesse) soit exaltée dans la Balance, le signe de Vénus (la grâce).





CENTILOQUE


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pour une version entièrement retravaillée du CENTILOQUE, un ouvrage que j'ai publié en 1993 aux Editions Dervy: Centiloque

Extrait :

1- N°5 : caractère et destinée.

"L’astrologie dévoile les relations intimes qu’entretient le caractère avec la destinée. La destinée d’un individu est l’expression de son caractère."

Le mot caractère nous vient du grec kharaktêr, qui signifie un signe gravé.

Il signifie également ce qui est propre à une chose, son expression personnelle, son originalité. Par extension, le caractère définit l’ensemble des traits psychiques propres à un individu.

Le caractère se rapporte à la fois à l’expression originale d’un individu et à son thème astral, le signe gravé dans les cieux, qui nous représente et nous définit.

Le caractère est au départ cette infime portion de nos êtres, qui échappe au grand nivellement imposé par l’hérédité et par l’environnement de naissance (racial, familial, social et culturel). Il est ce qui nous rend unique. Au travers de ce petit germe de liberté, la nature développe en nous, patiemment, la sagesse, le pouvoir et l’amour.

Le terme de destinée est aussi riche en enseignements : il est à la racine du mot destination qui signifie le rôle, l’usage.

Le concept de destinée implique une fonction à remplir. Le caractère actualise la destinée, c’est-à-dire le rôle que nous avons à jouer dans cette existence, un rôle qui n’est pas imposé: on continue à confondre astrologie et fatalisme, on fait d’elle le chantre du c’était écrit, comme si sa fonction se bornait à décrire une destinée transformée en fatum, en une fatalité inéluctable à laquelle nul ne pourrait échapper. C’est tout à fait le contraire, puisque l’astrologie n’a de sens que si elle nous permet d’agir sur la destinée.